Des images impressionnantes de feux de forêt en Amazonie ont suscité une vive émotion à travers le monde. La principale forêt tropicale du monde est un rouage essentiel dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’équilibre naturel, mais elle est plus menacée que jamais par une déforestation intensive. Le Progrès Egyptien fait le point sur le rôle essentiel joué par l’Amazonie pour notre planète.
Les gigantesques incendies qui frappent la forêt amazonienne depuis près d’un mois ont provoqué une onde de choc à travers le monde. Souvent surnommé le «poumon de la planète», l’Amazonie s’étend sur une superficie de 5,5 millions de km² répartis entre neuf pays, même si 63% de sa surface se trouve au Brésil. Il s’agit de la plus vaste forêt tropicale du monde et constitue un sanctuaire de biodiversité. Essentielle à la régulation du climat, notamment par sa capacité d’absorption du dioxyde de carbone, cette forêt primaire est pourtant menacée par la déforestation, l’essor de l’agriculture et de l’élevage, les activités minières et, actuellement, des incendies hors de contrôle.
“Quand la plus vaste forêt tropicale du monde est ravagée par les flammes, toute la planète se penche à son chevet. Car en plus d'être un désastre écologique, ces incendies risquent d'aggraver le réchauffement climatique non seulement en Egypte mais aussi à la surface du globe”, a souligné Dr Ahmed Abdelal, president de l’organisme météorologiquede l’Egypte, lors d’une interview télévisée.
Imaginez une forêt tropicale à l'aube : sa canopée abritant fougères et orchidées, les troncs d'arbres couverts de mousses et de lichens spongieux, la brume matinale se dissipant aux premiers rayons du soleil. Bien qu'il y ait du combustible partout, il semble inimaginable que de tels écosystèmes humides puissent un jour prendre feu.
Sans l'intervention des hommes, en effet, ils ne prennent pas feu. Les données relatives à l'étude du charbon de bois indiquent que les feux sont peu fréquents en Amazonie, et cela même depuis les périodes d'établissement humain précolombien ; les 8 000 espèces d'arbres de cette région ne témoignent en outre d'aucune des adaptations évolutives au feu que l'on trouve en savane ou du côté des forêts boréales.
À quoi ces incendies sont-ils dus ?
Il y aurait actuellement 38 000 foyers d'incendie en Amazonie et 2 500 nouveaux départs de feu ont été enregistrés en l'espace de 48 heures! Le ministre brésilien de l'Environnement estime que cette hausse est due à la sécheresse, au temps sec, au vent et à la chaleur.
Mais la plupart des spécialistes pointent du doigt les conséquences de la déforestation. « Les incendies ont toujours une origine humaine, le feu étant utilisé pour nettoyer des zones déjà déforestées, pour ouvrir des pistes ou préparer des terres à la culture, explique Paulo Moutinho, chercheur à l'institut de recherche environnementale sur l'Amazonie. Le manque de prévention fait que ces incendies se propagent à des zones plus sèches qui n'étaient pas destinées à être brûlées.»
Ces feux sont-ils d'une ampleur exceptionnelle ?
D'après l'institut national de recherche spatiale (INPE), 75 336 feux de forêt ont été enregistrés dans le pays de janvier jusqu'au 21 août, soit 84 % de plus que sur la même période l'an dernier et plus de la moitié concerne l'Amazonie. Des incendies consécutifs aux opérations d'abattage des arbres au cœur de la forêt tropicale qui se sont multipliées ces derniers mois au Brésil. La déforestation a été en juillet quasiment quatre fois supérieure à celle de juillet 2018. Pas moins de 2 254 km2 de forêts ont été détruites dans le pays le mois dernier, contre 596 km2 en juillet 2018, soit une augmentation de 278 % !
Ces feux auront-ils un impact sur la planète ?
Oui car “l'Amazonie est d'abord un aspirateur géant de carbone. Grâce à ses arbres, elle emmagasine 90 à 140 milliards de tonnes de CO2, ce qui contribue à réguler le réchauffement climatique dans le monde. Mais cette capacité d'absorption du carbone chute à mesure que s'accroît la déforestation, d'autant que les feux de forêt rejettent du CO2 dans l'atmosphère”, explique Dr Magdi Allam, Secretaire général de l’Union des experts arabes de l’environnement.
« Outre son rôle essentiel de puits de carbone elle a aussi un rôle majeur en régulant la pluviométrie car elle transporte, via les nuages, l'humidité provenant de l'Atlantique vers les Andes, explique Pierre Cannet, du WWF. Si l'Amazonie n'existait pas, le sud du continent américain deviendrait un désert. »
L'impact du réchauffement climatique
Réduire les feux de forêt implique non seulement de s'attaquer aux sources d'inflammation et de combattre les flammes, mais aussi d'encourager les mesures qui limitent l'inflammabilité des forêts. La lutte contre la déforestation demeure essentielle, cette dernière exposant les lisières des bois au microclimat plus chaud et plus sec des terres agricoles et contribuant à la réduction régionaledes précipitations.
L'exploitation forestière sélective contribue également à rendre les forêts tropicales plus inflammables. En marchant dans ces zones exploitées en saison sèche, vous sentez la chaleur du soleil directement sur votre visage. Les feuilles de la litière crépitent et s'écrasent sous vos pieds. À l'inverse, les forêts primaires non exploitées constituent un monde ombragé où la litière des feuilles reste humide. La prévention des incendies sera une condition clé à une bonne gestion forestière à long terme. Cela ne fonctionnera que si l'exploitation illégale à grande échelle est efficacement contrôlée, car le bois bon marché sape la viabilité des bonnes pratiques.
Relever ces défis requiert des actions nationales et globales, une collaboration entre scientifiques et décideurs politiques et un financement à long terme.
100 hectares qui brûlent, l'équivalent des émissions annuelles d'une petite ville
Ce sont certainement des centaines, voire des milliers d'hectares d'arbres qui ont brûlé ces dernières semaines. Et en Amazonie, « il y a 300 ou 400 tonnes de biomasse [la matière végétale qui absorbe le carbone, NDLR] par hectare, soit l'équivalent de 150 tonnes à 200 tonnes de carbone par hectare », souligne auprès du Parisien Jean-Pierre Wigneron, chercheur à l'Inra. Les forêts tropicales ont ceci de particulier qu'elles « contiennent beaucoup de carbone, bien plus que les forêts tempérées », complète Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement.
Une tonne de carbone, soit deux tonnes d'arbres, entraîne l'émission dans l'air de 3,66 tonnes de CO2. Le calcul est simple : une tonne d'arbre qui part en fumée, et ce sont aussitôt presque deux tonnes de CO2 qui s'évaporent. Du coup, 100 hectares de forêt amazonienne qui brûlent, cela entraîne au minimum 15 000 tonnes de carbone rejetées dans l'atmosphère. Soit « l'équivalent des émissions annuelles d'une petite ville comme Palaiseau ou Orsay », illustre Philippe Ciais, qui a contribué à différents travaux du Giec.
Poumon de la planète
L'Amazonie concentre également un tiers des forêts primaires de la planète et, grâce au fleuve Amazone et à ses affluents, 20% de l'eau douce non gelée. L'Amazone est le fleuve le plus important du monde en débit et le plus long (6900 km).
Puits de carbone, la forêt absorbe davantage de CO2 qu'elle n'en rejette: elle emmagasine 90 à 140 milliards de tonnes de CO2, ce qui contribue à réguler le réchauffement climatique dans le monde, selon le Fonds mondial pour la nature (WWF). Mais cette capacité d'absorption du CO2 chute en raison de la déforestation.
420 tribus
L'Amazonie, habitée depuis au moins 11 000 ans, compte aujourd'hui 34 millions d'habitants, dont les deux tiers sont citadins.
Près de trois millions d'Indiens forment quelque 420 tribus, selon l'OTCA. Une soixantaine d'entre elles vivent dans un isolement total.
Les Indiens d'Amazonie parlent 86 langues et 650 dialectes.
La tribu amazonienne la plus nombreuse est celle des Tikuna, forte de 40 000 membres, qui vit au Brésil, Pérou et Colombie, selon l'ONG Survival international.
Le chef indien brésilien, de la tribu kayapo, Raoni Metuktire, est la grande figure de la lutte contre la déforestation en Amazonie. Il voyage à travers le monde depuis 1989 pour la préservation de la forêt et des peuples indigènes.
Manaus, "capitale" de l'Amazonie
Manaus est la capitale de l'État brésilien de l'Amazonas, le plus grand du pays (1,5 million km2).
Fondée par les Portugais en 1669 sur les rives du Rio Negro, à proximité de son confluent avec l'Amazone, la ville compte 1,8 million d'habitants.
Après un essor rapide à la fin du XIXe siècle grâce au commerce du caoutchouc, Manaus connaît un déclin important jusqu'à la création d'une zone franche en 1967. Elle vit aujourd'hui essentiellement de son secteur industriel qui importe des pièces détachées et exporte des produits finis, surtout du matériel électronique.
Déforestation massive
Près de 20% de la forêt amazonienne a disparu en 50 ans, selon WWF. Et le phénomène s'accélère.
Au Brésil, dirigé depuis janvier par le climatosceptique Jair Bolsonaro, la déforestation a été en juillet quasiment quatre fois supérieure à celle de juillet 2018, selon le système DETER (détection en temps réel de la déforestation) utilisé par l'Institut national de recherche spatiale (INPE).
Cet organisme public chargé de mesurer la déforestation en Amazonie a fait état de 2254 km² de forêts détruites au Brésil le mois dernier, contre 596,6 km² en juillet 2018, soit une augmentation de 278%.
Les principales causes de déforestation sont l'agriculture (soja), l'élevage, la construction de barrages hydroélectriques et d'infrastructures routières, l'industrie minière, les feux de forêt et le trafic de bois.
La déforestation, avec les défrichements, entraîne à son tour des feux de forêts qui ont progressé de plus de 80% dans certains Etats amazoniens comme le Mato Grosso (centre-ouest) depuis le début de l'année par rapport à l'ensemble de 2018.
L'Amazonie abrite de nombreuses ressources : or, cuivre, tantale, minerai de fer, nickel et manganèse.